Dimanche 6 septembre 2009
Nous célébrons aujourd’hui le 150ème anniversaire de la naissance de Jean Jaurès. Le fondateur de l’Humanité a été un journaliste actif, un
professeur, un historien de la Révolution française, un parlementaire courageux.
Jean Jaurès aura produit tout au long de sa vie des idées, des projets en constante évolution, participant aux avancées du
progressisme à la française. Contrairement à certaines allégations qui circulent dans quelques milieux tendant à affaiblir ses actions et sa pensée pour s’efforcer de récupérer l’homme politique
dans quelques discours de bas niveau, Jean Jaurès aura étudié et s’inspira des expériences des Révolutions de 1789 et 1848, de la Commune de Paris. Il soutint la Révolution russe de 1905.
Il fit siens les travaux de Karl Marx sur le thème de la valeur et de la plus-value. Jaurès aura été le promoteur de la laïcité, de la République sociale, avec ses avancées, des retraites à la
réduction du temps de travail. Sa défense de la paix et son action persévérante pour empêcher le déclenchement de la première guerre mondiale, lui ont coûté la vie. Sa défense inlassable du
capitaine Dreyfus, avec d’éminents intellectuels de son époque, à commencer par Emile Zola, est d’une portée considérable pour tout le mouvement progressiste, au sens où son combat portait sur
une question majeure : celle de la liberté pour tous les individus, quelle que soit leur position dans la société leur opinion ou leur religion. Il l’a fait au nom d’une valeur
universelle, indivisible.
La question de la propriété
En permanence proche des ouvrières et des ouvriers de son époque, il portait avec un grand talent oratoire, mêlant la force et la
pertinence des arguments, un français de qualité où perçaient son immense culture et la passion des femmes et des hommes du peuple. Jean Jaurès avait soulevé, souvent avec force, l’antagonisme de
classe entre les propriétaires des moyens de production et les salariés.
« C’est le rapport de l’homme à la propriété qui détermine et commande ses rapports aux choses et aux hommes »
lançait-il. « La contrariété la plus décisive, l’opposition la plus forte et de celui qui ne possédant que ses bras est sous la loi du capital, à celui qui possédant le capital tient à
sa merci le travail des autres ; l’un n’est qu’une portion de nature et il est enfoncé dans la servitude des choses ; l’autre, par l’intermédiaire de l’humanité asservie et mécanisée
domine les choses (…) la propriété, principe d’attraction et de répulsion, centre de la bataille des classes »(…).
Le service public
Régulièrement revient chez lui la notion de service public, universel, gratuit, laïc, comme un fondement de la République. Sa
conception était celle d’une pluralité d’appropriations dans une multiplicité de formes. Déjà, il alertait sur la différence entre nationalisation et étatisation.
Dans un article de l’Humanité, en février 1911, on lit sous sa signature : « (…) Le Parlement a intérêt, pour la
transformation de la société capitaliste en société socialiste, à ce que de grands services publics, administrés selon des règles de démocratie et avec une large participation de la classe
ouvrière à la direction et au contrôle, fonctionnent exactement et puissamment. (…) Les services publics démocratisés peuvent et doivent avoir ce triple effet d’amoindrir la puissance du
capitalisme, de donner aux prolétaires plus de garanties et une force plus directe de revendication, et de développer en eux, en retour des garanties conquises, ce zèle du bien public qui est une
première forme de la moralité socialiste ».
Il sera l’homme de la paix et de l’amitié entre les peuples. Il voyagera beaucoup en Europe et en Amérique Latine. Il sera un
praticien de la fraternité entre les êtres humains. Il dénoncera la haine de classe de la bourgeoisie contre « les classes dangereuses » de
l’époque.
L’homme de paix
Dans les colonnes de l’Humanité, il combat l’intervention française au Maroc, dénonce la guerre russo-japonaise et celle des Balkans
et la confrontation avec l’Allemagne. Il fait un lien entre l’utilisation des armes et la guerre économique. Dès 1895, il parle en ces termes du Parlement : « Il n’y a qu’un moyen
d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie qui aboutit à la lutte
universelle sur les champs de bataille un régime de concorde sociale et d’unité ».
« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup en rapproche »
Reprenant la formule de Karl Marx de « l’évolution révolutionnaire », il imaginait la transformation sociale comme
un processus continu dans lequel le peuple devrait être le maître de bout en bout. « Si le prolétariat pouvait attendre la transformation de l’ordre capitaliste en ordre collectiviste ou
communiste d’une autorité neutre, arbitrale, supérieure aux intérêts en conflit, il ne prendrait pas lui-même en main la défense de la cause ».
A propos de l’émancipation et de la société nouvelle, il confirmait : « A cette œuvre immense de construction sociale,
c’est l’immense majorité des citoyens qui doit concourir (…) Dans l’ordre socialiste, ce n’est pas l’autorité d’une classe sur une autre qui maintiendra la discipline, la coordination des
efforts ; c’est la libre volonté des producteurs associés. Comment un système qui suppose la libre collaboration de tous pourrait-il être institué contre la volonté ou même sans la volonté
du plus grand nombre » ?
On pourrait ainsi multiplier les exemples très actuels de la pensée et de l’action de Jean Jaurès qui utilisait indistinctement les
mots de socialisme et de communisme pour qualifier son projet.
Un journaliste, un patron de presse moderne
Cette modernité vaut aussi pour la conception de l’Humanité, qu’il fonda. Il lui fixait comme but, l’action pour « la
réalisation de l’humanité ». Parce que écrivait-il « L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. Il souhaitait un journal porteur de la voix du peuple
travailleurs et des forces de la création. Ainsi écrit-il dans son premier éditorial : « Nous voudrions que notre journal fut en communication constante avec tout le mouvement ouvrier,
syndical et coopératif ». Et quelques lignes plus loin, il ajoutait : « Et quelle autre marque plus grande de respect pouvons nous donner à la classe ouvrière que de
demander aux maître écrivains, polémistes sociaux, observateurs, philosophes, qui veulent bien collaborer avec nous, d’interpréter ici la vie humaine » ?