Revue de presse...

Mardi 28 juillet 2009

À en croire la presse (qui ment), les vacances, désormais « démocratisées », ouvriraient à chacun l’accès à des loisirs de rêve. En vérité, les inégalités se creusent en matière de doigts de pied en éventail.

Chaussé d’une paire de tongs en peau de yak et vêtu d’un pagne assorti, notre agent double Bébert s’est ingénieusement fondu parmi les 40 % de Français qui ne partent pas en vacances. Plutôt que de danser la samba sous les cocotiers, il a médité ce poème de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) : « On appelle vacances les voyages d’agrément d’au moins quatre nuits hors du domicile. »

Longtemps les deux semaines de congés payés conquises par les grévistes du Front populaire et votées le 20 juin 1936 ont épouvanté la bourgeoisie éclairée. Quoi ! Des prolétaires temporairement libérés de la machine oseraient lui disputer le monopole des vacances ? Le spectre du métallo indocile en maillot de bain hante le haut fonctionnaire socialiste François Bloch-Lainé : « Il est nécessaire, pour la sauvegarde de l’ordre public, que les masses ouvrières ne consacrent pas leurs loisirs à développer les fléaux sociaux ou à fomenter des troubles. Tout moyen qui tend à les éloigner de l’alcoolisme ou de la sédition contribue au maintien de cet ordre. L’Éducation populaire en est un : elle offre aux travailleurs des occupations saines et éclairant leur intelligence, les conduit à la modération [1]. »

Modération ? Trois semaines en 1956, quatre en 1969, cinq en 1982... les roublards séditieux en demandent toujours plus. Entre 1951 et 1989, le taux de départs en vacances des Français passe de 31 % à 60,7 % [2]. L’« occupation saine » des salariés devient une activité économique. Dans un secteur de l’hôtellerie-restauration, réputé pour ses conditions de travail idylliques, les soutiers du délassement produisent 6,5 % de la richesse nationale. En 1936, la droite avait rebaptisé « ministère de la paresse » le sous-secrétariat d’État aux Loisirs et aux Sports ; en 2006, le ministre du Tourisme nage le crawl dans les piscines d’euros qu’alimentent 1 million de serveurs et de maîtres nageurs.

Fatuité et farniente

Comme dans l’éducation, la « massification » des vacances n’a pas entraîné de nivellement des inégalités. Au contraire. Vautré devant un compendium de statistiques, Bébert, notre grand reporter, note un creusement des écarts entre les classes sociales. Depuis 1989, le taux de départ en vacances reste bloqué aux alentours de 60 %. Mais il ne s’agit que d’une moyenne. Dans le détail, le ciel de la « démocratie des loisirs » s’assombrit : « En 1999, 43 % des personnes parmi les 10 % de ménages les plus modestes ont effectué au moins un séjour, contre 86 % de celles qui appartiennent aux 10 % de ménages les plus aisés [3] ». La bourgeoisie cultivée combine fatuité et farniente : entre 1957 et 1999, le taux de départs en vacances des cadres et professions intellectuelles supérieures est passé de 82 à 86 %. Durant la même période, ce taux a, pour les ouvriers, régressé de plus de 10 points, passant de 56 à 45 % [4]. Pendant que Jean Daniel félicite BHL pour l’aménagement de son palace « incroyablement luxueux » à Marrakech, moins d’un ouvrier sur deux peut s’offrir une visite chez sa tante bretonne.

Il est en outre hors de question de mélanger les théoriciens cossus du « métissage » avec le tout-venant du salariat. Aux inégalités dans l’accès aux vacances s’ajoutent les inégalités concernant la nature de ces vacances. Quand les pauvres campent avec la marmaille qui braille, visitent les parents, voyagent en groupes ou louent les bunkers en front de mer à la Grande-Motte, les classes aisées choisissent un trekking au Sahara recommandé par Le Nouvel Observateur, un séjour individuel à vocation « culturelle », ou privilégient le tourisme « éthique », qui régénère le citadin par un contact « spirituel » avec la nature ou les autochtones. « La clientèle saharienne, explique l’Unesco, est issue d’une population de cadres moyens et cadres supérieurs, d’enseignants, de professions libérales et médicales, de dirigeants d’entreprises ; en général une population qui dispose de revenus conséquents [5]. »

Ici, la ségrégation sociale rend presque impossible la rencontre au bord d’une plage d’Arnaud Lagardère et d’une caissière de supermarché – à moins que cette dernière n’ait contracté un emploi saisonnier d’hôtesse de yacht. En vacances, la bourgeoisie cultivée n’a qu’une obsession : affirmer son goût de « l’authentique » et se tenir à l’écart des « touristes », c’est-à-dire des salariés en vacances, dont Laurent Joffrin a dressé le tableau délicat : « Beaufs suants, maillots de corps fripés et pastagas éclusés sous le soleil entre la route enfumée et la plage ruisselante d’huile de bronzage » (Libération, 2-3.8.86). Pour maintenir la distance, l’abonné au Nouvel Observateur ou le lecteur des Inrockuptibles doit rechercher des destinations toujours plus lointaines, plus rares, des prestations toujours plus individualisées. Dès 1986, Joffrin s’inquiétait de ce qu’en matière de vacances « petit à petit les moutons se changent en renards et les pauvres sont de plus en plus malins ». Vingt ans plus tard, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur est en tournée promotionnelle pour son livre sur la gauche caviar. Amnésique, il dénonce le mépris des élites pour le peuple. Blanche-Neige porte la barbiche et marmonne : « Miroir, mon beau miroir... »

Notes :

[1] François Bloch-Lainé, L’Emploi des loisirs ouvriers et l’Éducation populaire, Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1936, p. 15.

[2] Cité par Jacques Chauvin, Le Tourisme social et associatif en France : acteur majeur de l’économie sociale, L’Harmattan, 2002, p. 37.

[3] Céline Rouquette, « Dix ans de vacances des Français », in France, portrait social 2002/2003, Insee, 2003.

[4] Enquêtes Insee sur les vacances des Français.

[5] « Le Sahara des cultures et des peuples : vers une stratégie pour un développement durable du tourisme au Sahara dans une perspective de lutte contre la pauvreté », Unesco, juillet 2003, p. 30.
Par Guillaume SAYON
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 8 septembre 2008
En couverture de son numéro du 28 août 2008, Challenges annonce fièrement : « Les 100 qui (re)font la France ». Parmi les 100 : des patrons (beaucoup de patrons), des propriétaires d’entreprises (beaucoup de propriétaires), des créateurs, des hommes politiques (très souvent de droite) et des syndicalistes (en réalité deux syndicalistes : Bernard Thibault et François Chérèque). Et comme témoins de leur grandeur : leurs amis et relations…


Que Laurence Ferrari fasse la « Une » de Challenges (parce qu’elle (re)fait la France ?) est dans l’air du temps médiatique 


Que la plupart des (re)faiseurs de France, aux yeux de Challenges, soient issus du patronat (et des prétendues « élites »), n’est pas étonnant. Mais le choix des auteurs des portraits de ces bienfaiteurs est pour le moins surprenant.


« De Gaulle des télécoms »,
« charmeur », « iconoclaste fuyant les conventions »… pour comprendre le journalisme selon Challenges, du moins dans ce « dossier », le portait flatteur de Jacques Veyrat (co-dirigeant du groupe Louis Dreyfus et ex-PDG de Neuf Telecom) par Xavier Niel (vice-président d’Iliad-Free) doit être lu juste après celui de Xavier Niel par… Jacques Veyrat : « incontournable », « résultat excellent », « le plus doué des révolutionnaires de l’Internet »


Pour bien saisir le journalisme selon Challenges, du moins dans ce « Top 100 », il faut aussi lire le portait de Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, et lire le portrait de Frédéric Oudéa (patron de la Société Générale)… par ledit Richard.


Pour apprécier à sa juste valeur le journalisme selon Challenges, il faut lire avec attention le portrait élogieux de Luc Besson par François-Henri Pinault : « une âme d’enfant espiègle et informé », « grand professionnel », « personnage hors norme »… PPR, dont ce dernier est le PDG, est associé à EuropaCorp, la société de production de Luc Besson, pour la réalisation d’un film... Un hasard ?


Pour déchiffrer le journalisme selon Challenges, il faut lire, sans rire, le portrait de Vincent Bolloré par Alain Minc : « activisme obsessionnel », « il ajoute à la confiance en soi du tycoon la décontraction du fils de famille », « hybride du Petit Prince et de Machiavel »… Le premier est l’employeur du second pour sa chaîne Direct 8, le second est le conseiller financier du premier, via sa boîte de conseil « AM conseil ».


Pour savourer le journalisme selon Challenges, il ne faut pas rater le portait décomplexé de Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, par Albert Frère, Président du Groupe Bruxelles Lambert qui commence par un « Bernard et moi nous entendons très bien ». On s’en serait douté.


Pour se pénétrer de l’étendue du journalisme selon Challenges, il faut vérifier qu’il ne néglige aucune variété du patronat… et ne pas s’étonner que le portrait de Jean-Michel Aulas (Président de l’Olympique Lyonnais) soit écrit par Gérard Houiller (entraîneur de Lyon de 2005 à 2007) : « C’est un très bon président, le meilleur de ceux avec qui j’ai été amené à travailler. Il est vif, intelligent, très agréable, très humain. » Très flatté aussi, non ?


Ceux qui raffolent du journalisme selon Challenges, pourront lire, dans la joie et la bonne humeur, le portait de l’économiste Jean Tirole par Michel Pébereau (Président de BNP Paribas) et celui de Michel Pébereau par l’économiste Patrick Artus (interviewé deux fois dans le même numéro) ainsi que celui de Claude Durand, PDG de Fayard, par Eric Fottorino, patron du Monde, déjà édité chez… Fayard (Besoin d’Afrique, en 1992).


Quant à ceux qui douteraient du zèle de Jean-Marie Colombani, ils pourront contempler, sur deux pages, le portrait involontairement délicieux de Nicolas Sarkozy tracé de main de maître par l’ancien directeur du Monde  : « Sur le front de la société française, de ses enjeux, c’est-à-dire de la réforme du pays, il y a quelques bonnes raisons de penser qu’il vaut mieux continuer à faire ce qu’il fait. »


Que les « 100 qui (re)font la France » selon Challenges s’acclament entre eux, et soient choyés par leurs proches n’est pas vraiment une surprise. Mais que Challenges consacre et acclame ces acclamations est sans doute une prouesse du journalisme (économique) d’investigation… selon Challenges.


Mathias Reymond

Par Guillaume SAYON
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 1 août 2008

Ce soir c'est le grand départ pour des vacances en famille...

Avant cela je tenais à laisser mon blog pour ces quelques jours de repos avec de la lecture interessante en vous proposant en vrac quelques articles de presse qui ont aiguisé ma curiosité.

Heureusement pour nous il reste des journalistes qui font véritablement leur métier, qui ne formatent pas l'information pour qu'elle soit dans l'air du temps, pour qu'elle convienne à la classe dominante, à la bourgeoisie haut perchée sur l'arbre de l'absolutisme...

Bonnes vacances à tous et à toutes et à bientôt.

Guillaume.



(Article tiré de l'Humanité et signé Thomas Lemahieu.)


Allô bobo et le CAC 40 voleur

Dernier épisode du feuilleton de l’argent "Le fric-frac,c’est chic ".


On vient de l’apprendre : championne de ski nautique et férue de kite-surf, Laurence Parisot, la patronne des patrons, s’apprête à épater le média en sautant en parachute sur l’école Polytechnique, fin août, au beau milieu de l’université du MEDEF. D’après « Les Echos », tout en étant «très préoccupée par le choix de sa combinaison», elle cherche encore des équipiers pour l’aventure. Choisissez l’or ou l’argent, Laurence, puis ouvrez l’œil, les cadors de la haute voltige pullulent autour de vous…



On n’est plus en sécurité nulle part. Même les assemblées générales annuelles d’actionnaires sont devenues des coupe-gorge où les petits porteurs jouent les sans-culottes. « Nous sommes des grognards, eh bien je vais grogner, tonitrue un premier gus, le 27 mai dernier, lors de l’AG de la Société Générale, quelques mois après l’« affaire Kerviel » sur fond de crise des subprimes. Quand on crée les conditions d’un gros bonus, on abaisse le seuil d’honnêteté des gens. On a fait emprisonner l’employé alors que ce sont ses patrons qui auraient dû quitter les lieux. » Olé ! « Monsieur le président, je me demande pour qui vous nous prenez, tance un autre loustic en dansant la Carmagnole. A qui ferez-vous croire qu’on peut faire des choses de ce genre impunément ? Ou bien ceci convenait à la hiérarchie de la Société Générale, ou bien les contrôles sont nullissimes ! Monsieur Kerviel n’est qu’un pantin dans tout ça. » Olé !


Hallali à la banque


Les banderilles rasent les grosses têtes à la tribune. Et les visages des argentiers tournent au violet. Dès qu’ils ouvrent la bouche, des huées. Quand ils bougent le petit doigt, c’est la curée. Auteur il y a quelques années d’un fumeux rapport sur la rémunération des grands patrons, vite rédigé, vite lu, vite oublié, Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, multiplie pourtant les gestes : pour « participer au redressement de la banque », il renonce à son salaire fixe pendant les six premiers mois de l’année (environ 700.000 euros), il fait une croix sur son 1,2 million d’euros de bonus de 2007 et, chevaleresque, il abandonne ses fonctions à la direction opérationnelle… Tout en demeurant, il est vrai, au conseil d’administration, faute de quoi il risquait de perdre les plus-values futures sur ses 500.000 stock-options, évaluées à 30 millions d’euros, et il subirait une sévère décote de sa retraite-chapeau : aujourd’hui, son ancienneté dans la taule ne lui assure qu’un taux de retraite de 57,9% de son salaire, alors que, dans trois ans à peine, il aura droit à 70% de sa rémunération de PDG…


Ailleurs aussi, ça taille sec ! Patricia Russo, directrice générale d’Alcatel-Lucent, 416.000 euros de salaire mensuel, quitte en juillet son poste avec un parachute doré de 6 millions d’euros ; en décembre, Patrick Kron, PDG d’Alstom, s’offre 11 millions d’euros de bénéfices en vendant ses titres achetés à un tarif ultra-préférentiel (il réalise une plus-value de 110 euros par action) ; patron de l’équipementier automobile Valeo, Thierry Morin est assuré, en juin, de toucher une « indemnité forfaitaire de départ » de 4,8 millions d’euros, même s’il choisit, lui, de démissionner ; détenteur de la plus copieuse part privée du capital de Suez-GDF, Monsieur le richissime baron belge Albert Frère, inénarrable inventeur de l’adage « Un petit actionnaire minoritaire est un petit con, un gros actionnaire minoritaire est un gros con », croule sous les dizaines de millions d’euros de dividendes versées à l’occasion de la fusion… Et comment réagit l’opinion publique ? Elle siffle, elle éructe, elle vomit.


L’embrouille

de l’éthique en toc


« Halte au harcèlement moral des patrons ! » Une femme se lève pour défendre sa corporation. Alors que les mirifiques promesses du candidat Nicolas Sarkozy sur le pouvoir d’achat ont été officiellement remisées quand le président Nicolas Sarkozy a considéré que les caisses étaient « vides », alors que, pour le plus grand monde, tout augmente sauf les salaires, des brûlots à potins comme « L’Expansion » ou « La Tribune » estiment que les revenus des grands patrons ont bondi de 40%, voire de 58% en 2007…


« Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse avec 500 briques ? J’ai calculé, j’en aurai à peine pour cinq piges. J’aurai cinquante berges, tu voudrais tout de même pas que j’retourne au charbon à cet âge-là, non ? Tu serais pas vache avec les vieux des fois ? »
Faut pas prendre les enfants


Heureusement, Laurence Parisot est là, et elle crache sur les braises pour éteindre l’incendie. « Si on ne compte pas les stock-options et les parachutes dorés, les revenus des dirigeants des entreprises du CAC 40 ont diminué de 1% en 2007 par rapport à 2006 », affirme, fin juin, la présidente du MEDEF sur RTL. Circulez, y a rien à voir, encourage-t-elle encore, le « comité éthique du MEDEF » fera, roulez tambours, sonnez trompettes, des « recommandations à la rentrée » : à compter de tout de suite, les parachutes dorés seront développement durable, les stock-options un brin plus équitables avec les cadres dirigeants, les bonus socialement responsables parce que décents, les émissions de « golden hello » (primes de bienvenue) limitées pour ne pas entamer la couche de consentement, et les jetons de présence, versés aux mandataires sociaux pour les défrayer lors des conseils d’administration si et seulement si ils s’engagent à en reverser une partie aux bonnes œuvres pour sauver la planète…


L’homme qui valait

463 millions d’euros


Treizième fortune mondiale selon le célèbre classement de « Forbes », avec un patrimoine de 25,5 milliards de dollars (16,3 milliards d’euros), Bernard Arnault, à la fois PDG et actionnaire de référence du géant LVMH, ne goûte guère ces fausses pudeurs de patrons couards. L’année dernière, le magnat du luxe s’est fait remettre, en tant que patron, 4,1 millions d’euros de salaire (fixe, variable et jetons de présence) plus 88 millions de plus-values sur ses stock-options, et comme actionnaire - il détient via le groupe Arnault 47,4% du capital et 63,4% des droits de vote au sein de LVMH-, il a décidé de se verser 371 millions d’euros sous la forme de dividendes. Dans le même temps, les employés de l’homme qui valait 463 millions d’euros par an ne voient rien venir : selon les informations « financières » transmises aux marchés, en France, 12,7% des salariés en CDI à temps complet chez LVMH touchent moins de 1.500 euros bruts, 38,5°% vivotent entre 1501 et 2250 euros, 17,9% émargent entre 2251 et 3000euros, et 30,9% flambent au-dessus des 3.000 euros.


Mardi dernier, à l’occasion de la présentation de ses insolents comptes trimestriels - une marge opérationnelle qui frise les 20%-, Bernard Arnault n’a pas grand chose à dire. « C’est un exercice assez facile ce soir puisque les résultats sont très bons », savoure le propriétaire du château d’Yquem. Du coup, c’est son corps qui parle et qui trahit. Il se frotte les mains. Littéralement. Il y a de quoi et il se sait. Un lapsus gestuel, comme un bras d’honneur adressé aux perdants sur le champ de bataille du pouvoir d’achat.


Thomas Lemahieu

Par Guillaume SAYON
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 1 août 2008

(Un article tiré du Monde Diplomatique et signé Serge Halimi dont j'apprécie particulièrement le travail...)

Barack Obama


Monsieur Barack Obama a de la chance. Il veut succéder à un des présidents les plus impopulaires de l’histoire de son pays, il est jeune, il est métis, la planète entière semble attendre qu’il entre à la Maison Blanche. Il paraît donc mieux armé qu’un autre pour « renouveler le leadership américain dans le monde (
1) ». C’est-à-dire réhabiliter la marque Amérique, rendre plus performantes parce que mieux acceptées — et plus accompagnées — les interventions des Etats-Unis à l’étranger.


Y compris les interventions militaires, en Afghanistan en particulier : « Je construirai, promet-il, une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar (
2). » A ceux qui rêvent encore qu’un président « multiculturel » né d’un père kényan signalerait ipso facto la venue d’une Amérique new age et la farandole d’une ronde où tous les gars du monde se donneraient la main, le candidat démocrate a déjà dit qu’il s’inspirerait moins des Pink Floyd ou de M.George McGovern que de la politique étrangère « réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan (3) ». Le multilatéralisme n’est pas pour demain ; l’impérialisme serait néanmoins plus soft, plus habile, plus concerté et, qui sait, peut-être un peu moins meurtrier. Les huit ans d’embargo de la présidence Clinton avaient toutefois tué énormément d’Irakiens...


M. Barack Obama a du talent. L’Audace d’espérer, son livre-programme, donne la mesure de son mélange d’intelligence historique, de rouerie, d’« empathie » politique pour ses adversaires — dont il dit « comprendre les motivations et reconnaître chez eux des valeurs [qu’il] partage » —, de tournures savamment balancées qui ne résolvent pas grand-chose mais qui satisfont (presque) chacun, d’humour, de conviction aussi. De conviction, mais tempérée par un hommage inquiétant à l’ancien président William Clinton, qui aurait « extirpé du Parti démocrate certains des excès qui l’empêchaient de gagner les élections (
4)  ». Quels excès ? Le refus de la peine de mort ? L’aide sociale aux pauvres ? La défense des libertés publiques ? Une certaine redistribution des revenus ?


M. Barack Obama a de l’ambition. Jusqu’où le conduira celle, légitime, de « gagner les élections » ? Ces derniers mois semblent suggérer la réponse : plus à droite. Pas au point, tout de même, de rendre M. Obama interchangeable avec le républicain John McCain et de justifier alors le raccourci « bonnet blanc et blanc bonnet ». Mais assez éloigné déjà du discours progressiste du début de sa campagne, et plus loin encore de celui que ses partisans les plus idéalistes ont cru entendre. Car « Yes, we can » est également devenu : oui, nous pouvons critiquer un arrêt de la Cour suprême, pourtant fort conservatrice, qui prohibe l’exécution de violeurs non coupables d’assassinat ; oui, nous pouvons prononcer devant le lobby pro-israélien un discours qui s’aligne sur les positions les plus inflexibles du gouvernement de M. Ehoud Olmert ; oui, nous pouvons associer systématiquement créativité et secteur privé, compléter la mission de redéfinition du progressisme lancée par MM. Clinton et Anthony Blair, promouvoir une alliance de classes dont les managers et les cadres seraient les acteurs-clés.


Il y a plus troublant. Enhardi par les flots de contributions financières qui enflent les coffres de sa campagne, M. Obama vient de porter un coup sévère, peut-être fatal, au système de financement public des élections. Ainsi, il a annoncé qu’il serait le premier candidat à la présidence depuis le scandale du Watergate à renoncer au versement par l’Etat d’un montant donné (84,1 millions de dollars en 2008), lequel est alloué à chacun des deux grands rivaux en échange de leur acceptation d’un plafond de dépenses équivalant à la somme reçue. Le poids de l’argent en politique n’est pourtant pas un problème mineur aux Etats-Unis. M. Obama a signalé qu’il ne le résoudrait pas. Il lui reste, ailleurs, quelques occasions de ne pas décevoir. Ce qui permettrait aux vrais amis du peuple américain de conserver... l’audace d’espérer.


Serge Halimi.

Par Guillaume SAYON
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 1 août 2008

(Article tiré du journal l'Humanité du 31 Juillet 2008)

Pouvoir d’achat en berne, vacances d’été en danger


Loisirs . Selon une étude de l’IFOP pour l’Humanité, les Français profitent de moins en moins de leurs congés d’été pour partir. Deux fois moins d’ouvriers qu’en 2004 se permettent des vacances.


Le pouvoir d’achat encore et toujours. Alors que s’annonce le mois d’août, synonyme de période la plus faste en termes de départs en vacances, force est de constater l’impact de la hausse des prix sur les congés d’été. Selon une étude de l’IFOP pour l’Humanité, réalisée auprès d’un échantillon de 1 000 personnes sur « les Français et leur pouvoir d’achat », nos concitoyens partent de moins en moins en vacances. En 2005, 32 % des gens ne faisaient partie ni des juilletistes ni des aoûtiens. En 2008, ce pourcentage a enflé de 10 %, et c’est aujourd’hui 42 % des Français qui se voient exclus des vacances estivales.


41 % ne profitent pas de leurs congés


Les catégories populaires sont évidemment les plus durement touchées : en quatre années seulement, la proportion d’ouvriers ne partant pas en vacances a carrément doublé. En 2005, ils étaient déjà 20 % à ne pas profiter de leurs congés pour s’évader ; en 2008, ils sont désormais 41 %. « Cette donnée éclaire de manière impressionnante tous les discours qui inondent les médias à la faveur de l’été, commente d’emblée Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP. La catégorie populaire la plus exposée est celle des ouvriers et cette progression est régulière entre 2005 et 2008. » Même constat pour les employés, sur une période identique, ils étaient 34 % à ne pas pouvoir bénéficier de vacances il y a quatre ans, contre 47 % cette année.


Une tendance que l’on constate toutes catégories socioprofessionnelles (CSP) confondues. « Plus on monte dans l’échelle sociale et plus, c’est assez biblique, la part de ceux qui partent est élevée, mais tout le monde est concerné », détaille encore Jérôme Fourquet. Ainsi la proportion des cadres qui ne jouira pas d’un repos estival atteint 20 %, soit une augmentation de 8 % depuis 2005. Pour les professions intermédiaires, le chiffre de 29 % (+ 6 %) est avancé. Enfin, chez les retraités, il représente plus de la moitié (57 %). « Les retraités, pour des questions de moyens mais également de mode de vie, sont ceux qui partent le moins en vacances. Ils sont plus sédentaires de par leur âge ou bien ils partent hors saison », commente-t-on à l’IFOP.


le pouvoir d’achat, principal souci


En résumé, la baisse du pouvoir d’achat n’épargne personne et cette réalité est durement ressentie par les sondés. Pour preuve, au cours de l’automne 2007, le pouvoir d’achat a détrôné l’emploi comme principale préoccupation des Français. « Hormis la brève période lors du passage à l’euro, il faut remonter à la fin des années 1970 pour trouver pareille situation, détaille Jérôme Fourquet. Il s’agit d’un basculement historique qui n’a rien de ponctuel. Notre enquête démontre que ce sont d’abord certaines catégories qui ont été touchées de plein fouet et qui ont ressenti plus rapidement que d’autres que le pouvoir d’achat était le problème le plus important dans l’Hexagone. En l’occurrence, les ouvriers (à 53 %) et les habitants des zones rurales (à 44 %). Des personnes qui dépendent beaucoup de la voiture pour aller travailler ou faire leurs courses. Ensuite, on voit une espèce de contagion aux autres couches de la population. Les urbains ont rattrapé leur retard (46 %, soit 20 % d’augmentation depuis décembre dernier). Par ailleurs, la courbe s’affole chez les cadres, plus 21 points par rapport à septembre 2007. Cette hausse date de janvier 2008, quand la courbe des ouvriers commençait à grimper quatre mois auparavant. » Enfin pour 77 % des personnes interrogées la hausse des prix et l’inflation vont être « structurelles et durables ». « Les trois quarts des Français ont le même sentiment, pointe Jérôme Fourquet. Il ne s’agit pas d’une poussée de fièvre ou d’une angoisse subite, il y a plutôt l’idée que ça va être dur et long. »


Sophie Bouniot.

Par Guillaume SAYON
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander



Bienvenue

  • : Blog de Guillaume SAYON
  • guillaume.sayon
  • : Politique Avion Communiste Pas-de-Calais Guillaume Politique
  • : Bienvenue. Ce blog me permet de partager avec vous mes actions sur le terrain, mes idées, mes envies, mes coups de gueule. Je le veux profondement interactif espérant qu'il sera un véritable espace d'échanges voir de confrontation, tout en essayant de faire avancer les choses, de construire l'avenir ensemble... Bonne visite à tous et à toutes! G.S
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • : 09/07/2008

Me contacter

Par courriel:



Par Courrier
Parti Communiste Français
 Fédération du Pas-de-Calais
 66 rue de la gare
 BP 256
 62305 LENS CEDEX



Par téléphone:
03.21.08.12.12

Cathy POLY APOURCEAU

 

 

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Créer un Blog

Recherche

Aide au référencement

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés